02.02.2007
Prix du Journalisme pour la Diversité Culturelle Euro-Med 2006
pour Hugue Dorzee et Murat Daoudov. *
Monsieur, Madame,
Comme vous vous rappellerez sans doute, en janvier et février de cette année une série d’articles portant sur l’organisation de la religion islamique en Turquie, le rôle de la Direction générale des affaires religieuses en Turquie et au sein de la communauté turque en Belgique avait été publiée dans le quotidien belge Le Soir. Cette série avait été réalisée ensemble par le journaliste du Soir Hugues Dorzée et Murat Daoudov, expert indépendant.
Nous sommes aujourd’hui très heureux d’apprendre que la série a reçu le "Prix du Journalisme pour la Diversité Culturelle Euro-Med 2006". Cette compétition est organisée par la Fondation Euro-Méditerranéenne Anna Lindh et la Fédération internationale des journalistes et nous sommes très honorés par une telle distinction.
Nous souhaitons exprimer toute notre gratitude à la Fondation Euro-Méditerranéenne Anna Lindh et à la Fédération internationale des journalistes. Nous remercions également la Fondation Roi Baudouin de Belgique et tous ceux qui nous ont aidé dans la réalisation de ce remarquable projet.
Hugues Dorzee - Murat Daoudov
WAFIN.BE
http://www.wafin.be/articles/national-56.phtml
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Cérémonie de la remise du premier Prix Euro-Med du journalisme sur la diversité culturelle, par la Fondation Anna Lindh et la Fédération Internationale des Journalistes à l’ Institut suédois à Alexandrie 10 septembre 2006 Déclaration au nom du jury Dr
Traugott Schoefthaler, Directeur exécutif de la Fondation Anna Lindh Pourquoi la
Fondation Anna Lindh et la Fédération Internationale des Journalistes ont créé un Prix Euro-Med du journalisme sur la diversité culturelle? La région euro-méditerranéenne, située des deux rives de la Méditerranée, englobe les 25 Etats membres de l'Union européenne, ainsi que leurs 10 voisins au Sud et à l'Est du bassin. Tous sont membres du partenariat euro-méditerranéen, mis en place il y a plus de 10 ans. Un de ses principaux objectifs est d’assurer le respect de la diversité culturelle et religieuse dans les sociétés ou il existent tant de diversité, mais peu de respect. Il n'existent même pas des connaissances mutuelles autre que superficielles. C'est pourquoi nous croyons que les journalistes font face à un véritable défi, et nous désirons encourager ceux qui font de cet objectif leur propre engagement professionnel. Pourquoi nous récompensons les jeunes journalistes? Tout simplement parce que ma génération a failli dans cette mission. Nous n’avons pas pris au sérieux les signes de méfiance et de frustration grandissantes envenimant les relations politiques comme culturelles entre le Nord et le Sud. Nous avons besoin de nouvelles idées et j'espère, comme l’ont fait toutes les générations précédentes, que les jeunes seront capables d'en faire mieux. Le fait de connaître nos propres défauts doit nous mener nous engager pour que l’on cède la place aux idées de cette jeune génération. Avant de vous présenter les lauréats du premier Prix Euro-Méditerranéen du journalisme sur la diversité culturelle, permettez moi de dire un mot sur les journalistes qui ont reçus une mention d'honneur; dans l'ordre alphabétique:
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Hugues Dorzée:
J'appelle maintenant Hugues Dorzée, 34 ans, de la Belgique, lauréat pour son série d'articles "La Turquie d'Atatürk, Sainte république", publié en français en février 2006 dans le quotidien belge Le Soir. Le reportage a été réalisé avec le soutien de la Fondation Roi Baudouin et l'assistance de Murat Daoudov.
Il a reçu sont diplôme de journalisme de l'Université de Liège en Belgique, et a travaillé en tant que pigiste dans plusieurs maisons de presse belges. Depuis 1998 il travaille pour Le Soir, le quotidien français le plus important en Belgique. Il est spécialiste des questions de l'immigration et de l'intégration sociale, ainsi que les cultes et croyances religieux et sociaux. Les articles présentent en profondeur les relations, les ambiguïtés, les contradictions et la coexistence entre l'Islam officiel, les pratiques religieuses ainsi que l'idéologie laïque et les institutions existantes aujourd'hui en Turquie. En outre, ils se focalisent sur le rôle du ministère des affaires religieuses turque (Diyanet) pour la communauté turque à l'étranger, en prenant pour exemple le cas de la Belgique.
Le jury a estimé que ces articles sont le résultat d'un reportage bien conçu et bien structuré, évitant tous genres de jugement moral et donnant un espace pour des points de vue multiples. L'auteur fait disparaître cette obsession assez répandue d'islamophobie, en dépeignant l'Islam en tant qu'aspect régulier et bien organisé de la vie quotidienne. Il souligne aussi l'importance de la présence des institutions islamiques en Belgique, oeuvrant pour le bien-être des communautés musulmanes.
Félicitations à Hugues Dorzée et Le Soir.
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22.08.2005
SON BUT ? AIDER LES MIGRANTS A ÊTRE « ACTEURS » DANS LA SOCIETE
MURAT DAOUDOV
ANCIEN REGUGIE POLITIQUE …IL VEUT ÊTRE « UN JETEUR DE PONTS »
Après avoir suivi le parcours du combattant comme demandeur d’asile, Murat va organiser une formation citoyenne pour migrants.
LA CAPITALE 22-08-2005
Par Marc Beaudelot
Il est né et il a grandi en Tchétchénie. Après avoir fui ce pays dévasté par la guerre, le voici étudiant le journalisme à Istanbul. Ensuite, il arrive en Belgique, comme candidat réfugié politique. Et il en a bavé. Même s’il ne s’étend pas sur cette épisode, ni sur les jobs successifs qu’il a remplis.
Il fut le premier membre du conseil consultatif des étrangers de la Ville à être originaire d’un pays de l’Est. Doué pour les langues, il avoue en avoir très vite pratiqué quatre (anglais, russe, turc et tchétchène) et en parler convenablement aujourd’hui neuf !
Depuis deux ans, Murat travaille au Centre pour l’égalité des chances où il s’occupe du droit des migrations et d’asile. Sélectionné parmi une centaine des candidats. « Durant ma demande d’asile, j’ai appris les procédures à fond ‘regroupement familial…). J’ai aussi été aidé par mon expérience associatif, notamment à Laeken. »
Il y a peu, son projet a fait partie de ceux sélectionnés par la Fondation Roi Baudouin. L’idée ? « Dispenser, pendant dix mois, une série de séances d’informations pour des migrants vivants en Belgique depuis quelques années. Et qui présentent toutes les caractéristiques pour devenir des citoyens actifs. De par l’expérience acquise dans leur pays d’origine, dans la vie associative, les comités de quartier ou les mouvements de jeunesse. Mais qui, amenés à émigrer en Belgique, se retrouvent dans une situation difficile où ils ont tour perdu : ils ne connaissent pas la langue, sont confrontés à la procédure d’asile, se découragent, travaillent dans un domaine qui n’est pas le leur. Alors qu’ils pourraient être acteurs au profit de leurs communauté ou de la société belge. »
Le groupe sera constitué à partir de septembre. Et le programme s’étalera sur dix mois. Avec, à la fois des séances de formation (politique belge et européenne, modes de participation citoyenne en Belgique et en Europe, histoire du mouvement syndical, modèles de gestion de la diversité…) et des visites dans des institutions belges (parlementaires venant de l’associatif, humanitaires, personnes de la société civile). Lui-même donnera certaines de ces formations.
Une fois par mois aussi, il aura un entretien individuel avec chaque membre du groupe formé. Pour l’aider à réaliser son projet. « S’il est d’ordre politique, je le mettrai en contact avec l’un ou l’autre politique pour établir le contact. Même chose s’il cherche son épanouissement dans le culturel, l’associatif ou l’humanitaire. »
Mais pourquoi s’investir ainsi ? « Tout est possible, il faut vouloir, il suffit de faire des efforts. J’ai eu la chance de rencontrer les gens qui m’ont soutenu. J’ai eu ce courage, cette force et maintenant je veux aider les personnes qui n’ont pas (encore) eu cette chance et ces mêmes soutiens. »
S’il se réjouit du soutien de la Fondation (qui lui alloue les moyens financiers et son réseau de connaissances), que compte-t-il retirer personnellement de cette expérience ? « Le plaisir d’avoir partagé un bagage avec d’autres et les voir motivés à devenir des acteurs de la société civile de demain. Je voudrais arriver à devenir un jeteur de ponts, un lien entre les gens… »
23:20 Publié dans Article | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
12.07.2005
Quand la migration se « sécuritise »…
« Quiconque est disposé à abandonner une partie de sa liberté au nom d'une prétendue sécurité, ne mérite ni l'une ni l'autre ». Benjamin Franklin.
On dit que chacun voit les choses à travers ses propres lunettes. Moi, j’ai suivi la couverture médiatique des événements tragiques à Londres avec ma propre sensibilité, celle pour les droits fondamentaux qui, craignais-je, n’allaient pas sortir indemnes de ces attentats déstructeurs.
Depuis ces attaques, un nouveau coupable semble se dessiner: curieusement, ce ne sont pas les sinistres développements au niveau international ni les mouvances militantes qui se nourrissent volontiers de cette conjoncture de tension, qui sont les coupables. A en croire certains médias et les discours de divers « experts en sécurité», c’est le droit d’asile, « trop généreux, trop laxiste », qui serait à blâmer dans ce qui vient de se passer outre-Manche.
Immanquablement, l’asile, présenté comme presque la cause de tous les maux, s’attire toutes les foudres.

L’émergence du « Londonistan » (ce vocable utilisé pour stigmatiser le « laisser faire » des autorités britanniques vis-à-vis des activistes islamiques à Londres), serait ainsi due à la politique d’asile laxiste et non pas à l’attitude consciente des autorités britanniques (qui peut être inspirée par des considérations géopolitiques, des liens historiques avec le monde musulmans etc, mais ce n’est pas le sujet de la présente réflexion). La Grande-Bretagne aurait perdu, avec son système d’immigration, tout contrôle sur ses frontières et les terroristes entreraient librement au pays… grâce à l’asile, qui mettrait en péril la sécurité nationale. Pas étonnant dès lors que suivant ces attentats la police italienne, prompte à prendre des mesures contre la menace terroriste, rapportait avoir organisé un grand coup de filet contre…les immigrants illégaux. La « national security » était ainsi sauve, les citoyens pouvaient dormir tranquillement.


Des événements tragiques servent souvent de prétexte pour museler les droits fondamentaux, « oubliant » que les vrais terroristes ne sont que très rarement des demandeurs d’asile. Bien que l’immigration/l’asile et le terrorisme soient des phénomènes distincts, on assiste de plus en plus à la « fusion » des deux dans les discours et l’imaginaire des Cassandres d’aujourd’hui.
Quand on observe la polémique autour de « Londonistan », il est utile de se rappeler que le débat similaire passionnait déjà la Grande-Bretagne il y a un siècle. A la fin du 19-ème et au début du 20-ème siècle on y discutait autour d’un autre londonistan : le laxisme vis-à-vis les réfugiés juifs politiquement actifs. A cause d’eux, Londres serait devenue « le quartier général du complot international des anarchistes ». A l’époque, dans la presse et au niveau politique britannique, on dénonçait déjà le droit d’asile comme trop permissif, qui attirerait à Londres des anarchistes juifs venant de l’Europe de l’Est, qui ne seraient que des potentiels terroristes.
Mais à l’époque, quand il était aussi question d'une « tolérance zéro » vis-à-vis les réfugiés politiques, le point de vue selon lequel l’immigration/asile et le crime/terrorisme devaient être traités séparément avait finalement remporté. Je ne suis pas sûr que ce sera le cas aujourd’hui, les tentations sont trop importantes. «La peur, instrument du mal »[1] est capable de beaucoup de choses. La frontière entre le droit (d’asile et d’immigration) et les impératifs de sécurité se brouille de plus en plus, l’accueil des réfugiés devient une « national security issue ».
Au début du 20-ème siècle, après de grands débats, la législation proposée version « hard » était rejetée en Grande-Bretagne, non pas parce que les personnes impliquées dans des actes de violence étaient dignes de protection, mais par le souci d’éviter que leurs méfaits affectent négativement le traitement de la majorités des migrants, comme l’indique le chercheur britannique Michael Collyer.
« Comme c'est notoire qu’il sera impossible d'appliquer les provisions de la [présente proposition de] Loi aux ports d'entrée, le voleur professionnel, les anarchistes ou la prostituée - souvent munis de beaucoup d'argent – devront seulement choisir leur route avec prudence et pourront entrer [au pays] aussi facilement qu'avant. Les immigrants ordinaires, le réfugié politique, l'impuissant et le pauvre – ceux-ci sont les gens qui tomberont dans les entraves de la Loi, et pourront être harcelés et bousculés au plaisir d'officiers mesquins sans le moindre droit de recours à la large justice des tribunaux anglais […] on peut seulement s’étonner que des gentlemen anglais puissent faire de telles propositions à la Chambre des Communs au 20-ème siècle”.

Dire que ces déclarations de Winston Churchill étaient publiées dans The Times du 31 mai 1904…
Murat Daoudov
11 juillet 2005
01:00 Publié dans Opinion | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note


